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Porter les chagrins des départs
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Partir ou personne ne part
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Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
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Jacques Brel
 
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  « Le vrai travail c'est quand je cherche avec l'air de ne rien faire...chercher une idée et espérer qu'elle vienne, ça oui c'est du travaii !" René Gosscinny

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Désamorcer l’islam radical  Ces dérives sectaires qui défigurent l’islam

DOUNIA BOUZAR  Les Éditions de l’Atelier (224 pages - 20 €)

(Recension Gilles Castelnau) 22 janvier 2014

Ancienne éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse, Dounia Bouzar est anthropologue du fait religieux spécialisée dans la gestion de la laïcité. (Conseil français du culte musulman de 2003 à 2005). Expert Discriminations au Conseil de l'Europe depuis deux ans et vient d'être nommée par le Premier ministre pour siéger à l'0bservatoire national de la laïcité. Dounia Bouzar est une musulmane éclairée et libérale ; son livre est intéressant, jamais ennuyeux, agréable à lire et répond en profondeur à toutes les questions que l’on se pose de nos jours sur l’islam en France.

Introduction [...] Ne supportant plus la façon dont le débat public parle de l'islam, les musulmans se taisent. Ils sont doublement heurtés : parce que des radicaux justifient leurs comportements voire leurs crimes barbares par leur religion et parce qu'ils ont réussi à persuader le monde entier qu'ils ne faisaient « qu'appliquer le Coran ». Mais ce n'est pas tout. Dès que les musulmans prennent la parole pour dénoncer le radicalisme, leurs propos sont utilisés non pas contre les radicaux mais contre... l'islam. C'est pour cette raison que j'ai voulu « faire la différence » entre l'islam et le radicalisme. Il est temps d'arrêter de prendre les musulmans pratiquants pour des radicaux et il est temps d'arrêter de prendre les radicaux pour de simples musulmans trop pratiquants...

Chapitre 1 Qu’est-ce qu’un discours radical

L’apparence, un critère suffisant pour évaluer le degré de rupture ?

[...] Seuls les radicaux ont introduit, parallèlement au port du niqab, celui de la longue barbe non taillée, soi-disant à l'image de celle que portait le Prophète. Comment ne pas s'interroger à la vue d'une telle barbe, dans un contexte où tous les membres d’Al Qaida I’arborent ? Souvent, des amis bien intentionnés sont fiers de me confier qu'ils luttent pour ne pas avoir de préjugés négatifs lorsqu'ils croisent de telles personnes. Je réponds inlassablement que le questionnement face à ce type de barbes radicales me semble pourtant le signe d'une bonne santé mentale, dans la mesure où elles renvoient davantage à la mouvance Al Qaïda qu'à Rumî ! Bien sûr, la difficulté va consister à décrypter le sens de cette barbe : est-ce un jeune en crise « qui en rajoute » et s'approprie le stigmate que les médias lui renvoient (« Les musulmans sont tous des barbus intégristes ? Alors faisons-nous tous pousser la barbe en cœur ! ») ? Est-ce un jeune en processus de rupture convaincu qu'il faut se distinguer « des faux musulmans et des mécréants » ? Il s'agira d'observer le reste du comportement de la personne en question avant de se faire une idée...

chapitre 2 De nouveaux mouvements musulmans en rupture avec toute civilisation

Les sociologues évoquent l'émergence de mouvements radicaux qu'ils nomment « nouveaux mouvements religieux » (NMR), indiquant par là qu'il s'agit de reformulations religieuses plutôt qu'un retour à des pratiques ancestrales. Ces tendances concernent prioritairement les évangélistes aux États-Unis et les musulmans en Europe. Ces mouvements n'ont pas grand-chose à voir avec les religions traditionnelles qui ont participé à la fondation de grandes civilisations. Ils consistent au contraire à exhiber du « pur religieux » comme un absolu, le seul marqueur identitaire possible, refusant qu'il soit considéré comme un système symbolique culturel parmi d'autres. Certains hommes politiques y voient l’illustration de « conflits de civilisations » mais, pour cela, encore faudrait-il que ces mouvements radicaux soient rattachés à une quelconque civilisation, ce qui n'est pas le cas. Les adeptes de ces « nouveaux mouvements religieux » se considèrent comme supérieurs au reste du monde et prennent leur distance avec chacune des cultures et des civilisations, perçues comme païennes car plus ou moins sécularisées. Le religieux se transmet donc sans aucun savoir préalable, déconnecté de l'expérience humaine, de manière virtuelle. C'est moins au choc des civilisations que l'on assiste qu'au choc des ignorances.
Le niqab, une invention contemporaine
Le port du niqab (voile intégral couvrant le visage) apparaît comme le plus grand succès stratégique des nouveaux mouvements musulmans. Certes, une loi en a interdit le port. Mais 95 % des citoyens français sont maintenant persuadés que cette pratique relève d'une application « au pied de la lettre » de l'islam. Les radicaux ont donc perdu sur le plan juridique mais gagné au niveau symbolique. Et je rajouterais même : leur échec juridique renforce leur pouvoir symbolique. Ils peuvent continuer à affirmer que c'est parce qu'ils sont « trop musulmans » que le reste du monde veut les éliminer...[…] L'islam a donc quatorze siècles et le voile intégral quatre-vingts ans d'existence en Arabie Saoudite…
Les risques d’une validation de l’islam radical
[...] Le macro : selon les membres des nouveaux mouvements religieux, le monde serait en décomposition. La situation d'aujourd'hui serait semblable à celle vécue par les Arabes avant l'avènement de I’islam, la Jahiliya, période décrite comme celle de la barbarie, de l'ignorance, de la perversion des mœurs, etc. Les radicaux perçoivent la société profane sécularisée comme païenne, gouvernée par l'argent et le sexe. La réislamisation devient alors la seule voie de sortie, étant donné que seule la force du « vrai islam » peut sauver le monde contre le « Mal occidental ».

Chapitre 3 La notion de pureté du groupe, base du processus sectaire

La codification qui définit les frontières du groupe purifié

[...] Il y a des pratiques invisibles liées au cœur, qui sont les plus importantes. Plus on est discret, plus on est humble, plus on est près de Dieu en général. Même l'aumône secrète est préférable à l'aumône publique. La même règle s'applique pour les prières surérogatoires [non obligatoires] qui doivent être accomplies de préférence chez soi. C'est tout le contraire pour les radicaux : la foi est perçue avant tout comme une obéissance à des prescriptions. Elle est extérieure ou elle n'est pas. Elle se voit et se compte, puisqu'elle doit in fine « faire barrière ». La foi n'existe pas sans l'accomplissement d'actes et la visibilité de signes étendus à tous les espaces de la vie quotidienne, ce qui empêche tout espace d’intériorité chez le croyant.
Le cas difficile de la viande halal
[...] Pour répondre à une revendication de viande halal, je vais proposer de mettre régulièrement à disposition des plats à base d'œufs ou de poisson, de façon à ce que tous aient le choix à chaque repas entre le plat de viande habituel et autre chose. Cette solution présente plusieurs avantages : l'institution n'introduit pas dans l'espace collectif neutre et laïque de nourriture ritualisée qui pourrait produire diverses assignations, pressions, séparations ; elle tient compte de la diversité des convictions en proposant autre chose que de la viande. De plus, elle offre ainsi un choix supplémentaire à l'ensemble de ses usagers (d'où le bénéfice pour tous), puisque ceux qui n'aiment pas le bœuf bourguignon du lundi midi peuvent dorénavant choisir les ravioles au saumon, sans avoir à justifier d'une conviction ou d'une autre...

Chapitre 4 La garantie d’une place, d’un cadre et du pouvoir

Un espace virtuel pour des jeunes « de nulle part »

J'ai longuement expliqué comment le discours radical fabrique de nouvelles cloisons étanches entre ses membres et la société, d'autant plus rigides qu'elles sont dépourvues de tout territoire concret. Il est donc logique que ce discours touche d'abord des individus qui se sentent plutôt « sans territoire », parce qu'il donne de la valeur à ce qu'ils sont déjà : l'absence d'attaches est interprétée comme un « signe » positif. Au lieu de leur dire qu'ils doivent s'enraciner, s'insérer, se projeter, etc., le discours radical leur fait comprendre qu'ils ne se sentent de nulle pan parce qu'ils sont « au-dessus » des autres : « Vous n'êtes pas Anglais, ni Américains, ni Français, Marocains, Algériens, vous êtes au-dessus de tous ces gens-là ! Sachez que si vous vous sentez étrangers, c'est que Dieu vous a élus parce qu'il sait que vous êtes supérieurs aux Arabes, aux Asiatiques, aux Européens, et surtout, surtout aux Américains. » Les jeunes touchés par ce discours se vivent comme des individus globalisés, mondialisés, mais ils ne se sentent partie intégrante d'aucune culture et d'aucun espace politique national. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils n'adhèrent pas à l'islam radical dans le but d'élaborer une stratégie politique destinée à conquérir un pays précis. Si projet politique il y a, ce dernier s'apparente à une action visant à « sauver le monde de la perversion produite par le sexe et l'argent », de façon à la fois vague et décisive.

Chapitre 6 un nouveau mépris du féminin

Un apartheid radical pour se protéger des femmes et les neutraliser. Ce sont souvent des femmes d'origine maghrébines qui donnent l'alerte. Les mêmes qui ont appris à dire « je », qui ont remis en question les traditions des villages de leurs parents, qui se sont réapproprié leur religion, qui ont fièrement suivi les traces de Khadija et d'Aïcha (Femmes du Prophète ayant eu un rôle social et économique fondamental), ont affronté les préjugés des non-musulman qui estimaient qu'elles devaient choisir entre la modernité et l’islam, pensant que le chemin était définitivement tracé... Quelle n'est pas leur stupéfaction de se retrouver face à de jeunes collègues parfois encore imberbes qui refusent de les regarder « parce qu'elles sont des femmes ».

Comment l'islam éclairé peut contrer la mondialisation salafiste

ABDELWAHAB MEDDEB (14 janvier 2013)

article paru dans faitreligieux.com L'information indépendante sur les religions et la laïcité [voir aussi Abdelwahab Meddeb : Culture d'islam (France Culture) / Université Paris-OuestMouvements libéraux islamiques]

Tunisien d'origine, Abdelwahab Meddeb (1946-novembre 2014) était, en France, l'un des plus fin connaisseurs de la culture musulmane dans tous ses aspects : religieux, politiques, juridiques mais aussi littéraires et poétiques. De retour d'un voyage au Bangladesh, où il a pu constater les ravages de l'islamisme fanatique (la minorité bouddhiste y subit une vague de violence), il appelle les intellectuels musulmans du monde entier à combattre « l'uniformisation dévastatrice » de l'islam qui est en train « de conduire les peuples vers le pire, vers la régression, l'obscurantisme, la fermeture, le fanatisme ».

La tribune libre que publia Abdelwahab Medded dans Le Monde daté dimanche 16-lundi 17 décembre est intitulée « Sortir l'islam de l'islamisme ». Les problèmes sont les mêmes du Maroc à l'Asie du Sud, constate-t-il. Et il n'y voit pas le fruit du hasard mais celui « d'une politique raisonnée, qui a montré sa cohérence, sa rigueur, son souffle », commencée à partir de 1974, date à laquelle le premier choc pétrolier « déversa sur l'Arabie saoudite la manne pétrolière dont une partie a été méthodiquement utilisée en faveur de la propagation de la foi wahhabite de par le monde ».

Le résultat est que « l'islam n'a cessé de changer de l'Indonésie à l'Occident maghrébin. Il est en train de subir une uniformisation et une universalisation du culte à la manière wahhabite simplificatrice excluant la complexité théologique ». Le Dieu exclusif, dépouillé de toute médiation, prôné par cette forme d'islam finit par être réduit « à une sentinelle tatillonne vous surveillant en chacun de vos gestes pour savoir s'ils sont conformes à la norme ou s'ils la transgressent ».

Une lutte sur quatre fronts

Pour lutter contre le péril salafiste, Abdelwahab Medded préconise d'agir sur les quatre points qui ont été la cible préférées des wahhabites :

- l'islam vernaculaire, avec son culte des saints et ses racines profondes, méditerranéennes à l'Ouest, bouddhistes et hindoues à l'Est ;

- l'approche doctrinale et juridique, en revivifiant les traditions rationalistes et libérales hanafite et malékite ;

- le retour au fonds théologique soufi impliquant la spéculation et l'interrogation, qui permet de dépasser le clivage sunnites/chiites et surtout la règle du consensus entre théologiens, au profit de la controverse intellectuelle (ikhtilâf) vantée par Averroès ;

- et enfin, quatrième point, « l'articulation de notre discours à la pensée moderne et post-moderne », celle de Rousseau, de Kant, de John Stuart Mill, de Karl Popper et de Jacques Derrida, parmi beaucoup d'autres, qui « prône l'ouverture et la liberté, qui use de l'arme de la critique et de la déconstruction d'un héritage qui en vaut que lorsqu'il continue d'être porté comme trace interrogée avec constance ».

C'est, conclut l'intellectuel franco-tunisien, « en honorant ces quatre points (honnis par les salafistes) que nous serons en mesure de construire un discours alternatif destiné à contrer le propos wahhabite, à le réfuter et à en refuser le projet ». Il appelle à la constitution « d'un réseau qui tisserait la toile des libéraux musulmans ».
Si l'organisation suit, elle trouvera en tout cas un programme intellectuel déjà construit, celui qui est décrit dans ce texte.

Grâce à l'obligence de : http://protestantsdanslaville.org/


Catégorie : ARTICLES - ACTUALITE
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