Texte à méditer :  

Rêver un impossible rêve
Porter les chagrins des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir ou personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer même trop même mal
Tenter sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l'étoile ...

  
Jacques Brel
 
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  « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes" évangile de Jean

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VINCENT  VAN GOGH (2)  1853-1890 

De la Bible à la peinture

1883 : « Je vis comme un ignorant qui sait une seule chose avec certitude : je dois achever en quelques années une tâche déterminée…le monde ne m’importe guère si ce n’est que j’ai une dette envers lui…lui laisser par gratitude quelques souvenirs sous forme de dessins ou de tableaux – qui n’ont pas été entrepris pour plaire à l’une ou l’autre de tendance mais pour exprimer un sentiment sincère » [environ 900 créations Een_paar_leren_klompen.jpgen 10 ans]. Pas si ignorant : « Delacroix peint un Christ par l’inattendu d’une note de citron clair, cette note colorée et lumineuse étant dans le tableau et le charme d’une étoile dans un coin de firmament qu’est l’ineffable étrangeté; Rembrandt travaille avec les valeurs de la même façon que Delacroix avec les couleurs ».
« Je sens en moi une grande force créatrice et je sais qu’un jour viendra où je serais à même de produire régulièrement tous les jours de bonnes choses ». Au-delà de la magnificence de la couleur, qu’il a suprêmement traduite, il est émerveillé, en Provence, de retrouver la campagne. Arles 1888 : « Parce que jamais je n’ai eu une telle chance, ici la nature est extraordinairement belle. Tout et partout la coupole du ciel est d’un bleu admirable, le soleil a un rayonnement de souffre pâle et c’est doux et charmant comme la combinaison des bleus célestes et des jaunes dans les Van der Meer de Delft. Je ne peux pas peindre aussi beau que cela mais m’absorbe tant que je me laisse aller sans penser à aucune règle… ». Effectivement quand on contemple les tableaux de Vincent (eu lieu de les photographier) on est ébloui, sinon fasciné, par ces dominantes jaune (le soleil) et bleu (le ciel) – rehaussés par le vert. On comparera les sabots bleutés de La sieste aux Souliers (1886). « Des bleuets avec des chrysanthèmes blancs, voilà un motif en bleu et orange ; des héliotropes et roses jaunes, voilà un motif en lilas et jaune ; des coquelicots ou des géraniums rouges dans un feuillage d’un vert solide, motif en rouge et vert ; voilà les bases que l’on peut encore subdiviser, que l’onsieste.jpg peut parfaire et compléter, mais cela suffit pour te faire voir, sans tableau, qu’il y a des couleurs qui se font valoir, qui se marient, qui se complètent comme l’homme et la femme se complètent ».
Si l’on, perçoit en Cézanne, l’origine du Cubisme, la prodigieuse modernité de Van Gogh nous propulse vers l’Expressionnisme. Il semble hanté par une question : empoigner la réalité, non grâce aux impressions, sensations, émotions, visions, connaissance intellectuelle mais perception pure et simple de la réalité dans son existence, ici et maintenant : il veut une peinture infiniment et tragiquement vraie et vivante, parfois jusqu’au paroxysme. Un indéniable et inédit sens cosmique né de sa vie spirituelle. Lecteur assidu de la Bible, surtout des paraboles : celle du semeur lui tenait d’autant plus à cœur que c’était également un thème de Millet. (1886) «…Ne vois-tu pas toi-même que, dans la nature…que tous les grains de blé, après avoir mûri, ne retournent pas dans la terre pour y germer et former une tige…On pourrait comparer les hommes aux grains de blé…Ce qui est force de germination dans le grain, en nous, c’est l’amour…Or, je trouve que si nous sommes contrariés dans notre évolution naturelle, si nous voyons notre possibilité de germer rester vaine, placés dans des circonstances aussi désespérées que celle ou se trouve le grain entre les meules du moulin, nous restons là à regarder, confondus et honteux, le spectacle des grains anéantis… Il en est, parmi nous, qui, désireux de se soumettre au train normal des choses, se résignent pas, se refusent à renoncer à la conscience de leur moi, souhaitent savoir où ils en sont…Les maladies dont nous souffrons le plus, nous peuples civilisés, sont la mélancolie et le pessimisme ». Cependant, le caractère si entier et indomptable de Van Gogh exhalait un phénoménal embarras de cohabitation, même pour Théo – malgré la sensibilité subtile d’analyse dont il était capable en dehors de certaines impulsions. Il sait qu’il porte le poids d’une hérédité névrotique – sa sœur a connu une maison psychiatrique - à laquelle s’ajoute le peu de soins pour sa santé (plus l’absinthe et peut-être la syphilis). Un pasteur provençal rend compte à Théo : « Son état a quelque chose d’indéfinissable et il est impossible de se rendre compte des changements si brusques et si complets qui s’opèrent en lui ». Et lors de Le_semeur_1888_by_Dutch_painter_Vincent_van_Gogh.jpgson internement, Vincent écrit à Théo : « Je t’assure que je suis bien ici. La peur de la folie me passe considérablement en voyant de près ceux qui en sont atteints ». Enchevêtrement inextricable de crises incontrôlables et d’une lucidité aiguisée que nous décelons à travers ses lettres !  
Ainsi, chacun a romancé une légende autour de Van Gogh qui avait trop peu confiance en lui pour jouer les peintres d’exception. On le croit accessible, transparent et tout le monde l’aime inconsciemment parce sa vie se dévoile à l’égal de la nôtre. Si populaire que chacun croit le connaître – jusqu’au suicide dont beaucoup doutent encore car non élucidé. Sur son lit de mort il répètera Je ne me suis pas suicidé et son frère Théo le réitérera, ajoutant Il est mort en martyr, il était tellement bon…Vincent a dit : je l’ai fait pour le bien de tous... Et Théo mourut quelques mois plus tard : ils sont enterrés côte à côte au cimetière d’Auvers sur Oise – qui en a fait une attraction touristique. Or, Vincent n’était ni fou ni maudit. Il souffrait, comme tout homme, de cette angoisse existentielle dans un monde dédaigneux et cruel face à sa soif et sa quête incessante d’amour. Trop chrétien pour se suicider ? Le constat médical sur la trajectoire de côté de la balle ne correspondant pas à un suicide… de là à imaginer que certains personnages, les dernières fréquentations de Vincent, auraient été effacés de ses lettres et qu’il y a eu une conversation en néerlandais entre les deux frères…
Dernière lettre à Théo, inachevée, trouvée sur lui : « Merci de ta bonne lettre et du billet de 50 F… [Considérations sur le problème de Théo qui a maintenant un enfant c'est-à-dire la famille il rêvait]… Les autres peintres quoiqu’ils en pensent instinctivement se tiennent à distance des discussions sur le commerce actuel. Eh bien vraiment nous ne pouvons faire parler que nos tableaux. Mais pourtant, mon cher frère, il y a ceci que toujours je t’ai dit et le redis encore une fois avec toute la gravité que puisse donner les efforts de pensée assidûment fixée pour faire aussi bien qu’on peut – je te le redis encore que je considérerai toujours que tu es autre chose qu’un simple marchand e de Corot, que par mon intermédiaire tu as ta part à la production même de certaines toiles, qui même dans la débâcle gardent leur calme. Car là nous en sommes et c’est là au moins le principal que je puisse avoir à te dire dans un moment de crise relative. Dans un moment où les choses sont fort tendues entre marchands de tableaux d’artistes morts et d’artistes vivant – Eh bien, mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondue à moitié – bon – mais tu n’es pas dans les marchands d’hommes pour autant que je sache et puisse prendre partie, je te trouve agissant réellement avec humanité, mais que veux-tu… »

Anne-Flore Urielle
[cet article n’aurait pu s’écrire sans les conférences du pasteur Andréas Lof]


Catégorie : - ART
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